« Une main lave l’autre » – Proverbe africain
Ce proverbe illustre une vérité simple : une seule main ne peut accomplir la tâche. Dans le domaine du développement, il rappelle que le progrès repose sur l’effort collectif entre les gouvernements, les communautés et les partenaires techniques et financiers œuvrant pour un objectif commun.
Au Bénin, ce principe se reflète dans un programme national d’alimentation scolaire piloté par le pays lui-même, en étroite collaboration avec ses partenaires. Le Bénin s’est imposé comme l’un des exemples les plus inspirants du continent africain, démontrant comment un leadership national fort et une approche « domestique d’abord, partenaires ensuite » peuvent transformer la cantine scolaire en un programme durable, nationalement conçu, géré et financé.
Depuis le lancement du Programme National d’Alimentation Scolaire Intégré (PNASI) en 2017, le gouvernement a montré que les partenaires s’alignent naturellement lorsque le leadership repose sur un engagement politique solide, une vision claire et des plans concrets. Initialement mis en œuvre par le Programme alimentaire mondial (PAM) avec l’appui du Gouvernement du Bénin, le PNASI a évolué au cours des sept dernières années, passant d’une initiative appuyée par des partenaires à un programme entièrement nationalisé. Cette transition a franchi une étape clé en septembre 2024, lorsque la gestion du programme a été formellement transférée à l’Agence Nationale pour l’Alimentation et la Nutrition (ANAN) — une institution créée deux ans plus tôt sous l’autorité de la Présidence de la République pour coordonner et faciliter la mise en œuvre du programme.
Dès le départ, l’ambition du gouvernement était claire. Le PNASI a été conçu comme un dispositif phare de protection sociale : un programme fédérateur reliant éducation, protection sociale, systèmes agroalimentaires et action climatique. Inscrit dans le Programme d’Action du Gouvernement (PAG), l’objectif stratégique est d’atteindre « une école, une cantine » d’ici 2026. Cette vision va bien au-delà du simple repas : elle conçoit l’alimentation scolaire comme un investissement durable qui nourrit les enfants, renforce les moyens de subsistance ruraux, crée des emplois et contribue à la transformation des systèmes alimentaires.
Le Bénin utilise également le pouvoir d’achat du programme pour transformer les systèmes alimentaires, en créant des débouchés pour les petits producteurs, presque 100 % des denrées ont été achetées localement à partir de 2025.

Leadership du Bénin : un financement ancré dans la volonté politique
« Celui que l’on porte sur le dos ne réalise pas la distance parcourue » – Proverbe africain
Ce proverbe illustre l’approche du Bénin en matière de financement et de mise en œuvre de l’alimentation scolaire : une démarche fondée sur la souveraineté, la responsabilité et l’autonomisation nationale. Dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, l’alimentation scolaire a longtemps dépendu des agences onusiennes et des ONG, rendant parfois invisibles aux gouvernements les efforts nécessaires pour gérer et financer le programme. Le transfert vers un pilotage national marque un tournant décisif, affirmant la volonté du Bénin de se tenir sur ses propres pieds, tout en accueillant des partenaires prêts à renforcer sa démarche.
Le leadership du Bénin en matière de financement a été tout aussi déterminant. Depuis 2017, le gouvernement a progressivement accru son investissement dans le PNASI, atteignant environ 50 millions de dollars US en 2024 (29,96 milliards FCFA). Ce niveau de financement permet aujourd’hui de fournir un repas quotidien à 1,4 million d’enfants, atteignant une couverture nationale de 80% — un niveau parmi les plus élevés en Afrique. Le gouvernement s’est également engagé à couvrir la quasi-totalité des coûts du programme.
Pour atteindre ses objectifs de financement, le Bénin a mobilisé des mécanismes innovants, notamment l’obligation Eurobond ODD. Entre 2021 et 2023, environ 100 millions de dollars issus de ces obligations ont été alloués au PNASI, faisant du Bénin un pionnier de l’utilisation des marchés de capitaux internationaux pour financer l’alimentation scolaire. Par ailleurs, les collectivités territoriales et les communautés sont encouragées à contribuer en fonction de leurs capacités, assurant une appropriation allant du niveau national au niveau local.
Planifier d’abord, mobiliser les partenaires ensuite
La collaboration entre le Gouvernement du Bénin et l’Initiative pour le Financement Durable (SFI) en santé et nutrition scolaires incarne un principe qui s’impose progressivement dans la coopération internationale : planifier d’abord, aligner ensuite. Dans cette approche, les gouvernements élaborent des plans fondés sur des preuves et des coûts maîtrisés, et les partenaires s’alignent sur ces plans.
En collaboration avec les ministères des Finances, du Développement, de la Gouvernance locale, de l’Éducation et de l’Agriculture, et avec l’appui de la SFI, l’ANAN a utilisé les données pour analyser l’espace budgétaire, élaborer des scénarios de financement rural et urbain, estimer les coûts de la couverture universelle et évaluer les marges de contribution des collectivités locales.
Ce plan de financement national constitue désormais le socle de l’approche domestique d’abord du Bénin, permettant au gouvernement de financer l’essentiel du programme tout en mobilisant les partenaires pour combler les écarts et renforcer la qualité.
La Coalition pour les repas scolaires et la Global Alliance Against Hunger and Poverty appuient désormais la mise en œuvre de ce plan au niveau national, notamment pour le financement des infrastructures (comme la construction de cuisines) et le renforcement des liens entre écoles et producteurs locaux.
Autonomie et solidarité : deux mains qui se renforcent
« Quand tu t’élèves, souviens-toi de ceux qui t’ont aidé à grimper » – Proverbe africain
La vision du Bénin est claire : la couverture universelle de l’alimentation scolaire d’ici 2026. Avec un plan de financement solide, des partenariats multisectoriels et un engagement local croissant, le pays est sur la bonne voie.
Le parcours du Bénin illustre une transformation des modèles traditionnels de partenariat. Il montre qu’une approche centrée sur les ressources nationales ne rime pas avec isolement et que la coopération internationale ne signifie pas dépendance. La transformation se produit lorsque l’ambition nationale rencontre des partenariats fondés sur la solidarité.
Une main lave l’autre — mais les deux doivent se tendre l’une vers l’autre.
Ce billet de blog a été élaboré en collaboration avec l’Agence Nationale pour l’Alimentation et la Nutrition (ANAN) du Bénin.
Photos: WFP/Bismarck Sossa
